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                             Les poèmes qui vont suivre, au rythme approximatif d'un par jour,

              concernent l'île d'Ouessant.

                             Il s'agit plus précisément de poèmes-reportages qui illustrent un montage de

              diapositives que je ne peux pour l'instant vous présenter, réalisé par mon ami Dominique.  

 

                            Ils seront regroupés par la suite sous le titre de : Un jour, une île...

 

                           

 

 

                                           L’attente

 

 

        Le temps n’est pas le même pour vous ailleurs qu’ici

Le temps ici dépend de l’absence de l’ami

Qu’il soit mari amant frère bon ou méchant

Le temps n’est pas le même s’il est là où absent

 

Là, le moment venu s’agitent les mouchoirs

Simple envol de mouettes à la jetée du port

Passant du ciel aux yeux passant du cœur au corps

Le temps que le bateau se fonde à l’horizon

 

Le vide de l’attente pèse dans la maison

De sa fumée épaisse alourdie de pensées

Alors les femmes vont chercher le goémon

Le sécher le tasser le vendre recommencer

 

Alors les femmes vont tout au long des saisons

De l’église à la terre de la terre au rivage

Là où le bois qui flotte fait la bonne moisson

Trésor pour le foyer offert par les naufrages

 

Alors les femmes vont des rivages à l’âtre

Du lit clos aux enfants

La marmite aux patates mijote tendrement

Du poisson dessalé dessus son feu de mottes

 

 

 

 

Intérieur d’une vieille femme de pêcheur.

 

 

«  Dans le temps, quand j’étais partie à l’école, j’savais pas un mot de français…

 

     Moi, j’ai souvenir de l’enfance. On allait à la pêche. Y avait toujours un vieux avec sa gaule… et puis y avait tout un rite, puis, heu… j’crois qu’les gens de l’époque n’étaient pas pressés.

      Ils avaient le temps de tout faire, parce qu’ils faisaient beaucoup de choses et même ils pouvaient ne rien faire.

 

      Toute façon, y a un temps, la vie c’est ça, c’est indispensable. On a un temps ici, un temps là. Un temps de souffrance, un temps de joie et c’est ça continuellement.

 

      C’est pas à chanter et à danser qu’on a passé la vie. On trouvait grâce d’aller au lit le soir.

 

      Ah ! Oui… On met les photos un peu partout pour voir la famille, quoi… tout ça… Oui, celle-là c’est ma sœur qui est là. Celle-là c’est une cousine à moi et à ma sœur, là-bas aussi.

      Tout ça c’est la famille, quoi…

 

      Oui… Oui… Oui… Oh ! Oui, on a le temps maintenant que j’ai quatre-vingts ans, je crois que je suis née d’hier. Alors, vous voyez comment que c’est !

 

-         Et votre mari ?…

 

Il a péri en mer… Corps et biens. Ca fait vingt-trois ans. Pour moi c'est pénible, bien sûr, d'être seule.  

-         Lors d’un sauvetage ?

 

Non, avec son bateau, à Pern. Ce coin est très dangereux. Il y en a d’autres qui ont péri là encore… »

 

 

 

 

                                                        Commentaires

 

 

 

Un peintre.

 

« On a tellement de choses en nous qu’on étouffe et moi j’essaye de me libérer comme ça ; C’est

une libération si l’on veut. »

 

 

 

Une femme artisan.

 

« L’avenir ? Je n’y pense pas encore. On verra après. Je ferai du tissage pendant quelques années

puis après on verra bien. Je ne sais pas encore… »

 

 

 

Une femme âgée.

 

«  Ah ! Oui… Ca, le tissage je sais que y en a… Oui, que y en a… Je sais pas mais le tissage j’ai

jamais vu comment qu’y faisaient.

J’ai pas été les voir ni rien. Non je sais pas…

C’est dommage ?

Y en a même un potier, oui je crois, qui fait la poterie.

Je sais pas comment qu’il travaille par exemple. Faudrait que vous alliez le voir…

 

-         Vous aussi vous devriez aller le rencontrer…

 

Oh ! Non… Oh ! Non… Pensez-vous ! moi j’ai pas besoin de ça, hein ! Moi, je fais mon tissage moi-

même… Je fais… On file la laine et puis on tricote, et oui, moi, je tricote beaucoup. »

 

 

 

Des jeunes.

 

« Je veux m’installer ici, rester ici… rester vivre ici. Pas question d’aller habiter en ville, dans une

autre ville ou ailleurs !

 

Moi, j’ai envie de faire menuisier, car j’ai envie de rester à Ouessant. Oui, j’ai pas envie d’aller autre

part, moi !

 

Y a pas de travail, y a rien. Faut faire quelque chose pour partir de ce pays. Y a pas d’boulot !

 

Moi j’veux quitter l’île et puis j’vais faire footballeur professionnel !

 

Moi, j’veux faire paysan et je quitterai pas l’île.

 

Vétérinaire, pour soigner les animaux…

 

Moi, je voudrai bien soigner les oiseaux, et les élever aussi.

 

Moi, je veux rester ici et je veux faire maîtresse d’école.

 

Moi, j’veux faire marin d’état.

 

J’voudrai être potier. »

 

 

 

Une femme âgée.

 

« Je m’occupe pas des choses des autres familles. Non, je les connais mais je m’occupe pas…

Quand on est heureux, on n’a pas a demander plus.

 

J’suis bien contente de vivre comme ça, mais quand on voudra, moi, je suis parée pour aller. Ca ne

dirait  rien du tout… Je sais que j’ai passé ma vie sur la terre, c’est le tour des autres.

 

Là… Voilà la malheureuse mort à Brest. On a pas pu mettre ses effets à elle pour aller en

terre… »  

 

 

 

                Savais-tu…

 

Savais-tu en naissant qu’il y avait des îles

Qui étaient comme autant de bateaux immobiles

Aux multiples étraves aux fanaux surpuissants

Qu’un dieu fou un matin dans un rire dément

Avait figés ancrés amarrés à jamais

 

-         A jamais c’est pas sûr, répondit la vieille dame

Suffirait d’une grosse lame, en route pour l’aventure !

 

Savais-tu en naissant qu’il y avait des îles

Qui étaient comme autant de bateaux inutiles

Des cargos affrétés par le temps et la vie

Trop chargés de rochers ils ne sont pas partis

Et les voilà ancrés amarrés à jamais

 

-         A  jamais c’est pas sûr, répondit la vieille dame

Suffirait d’une grosse lame, en route pour l’aventure !

 

Savais-tu en naissant qu’il y avait des îles

Qui étaient comme autant de petits points perdus

Moucherons oubliés sur la toile de Neptune

Si le souffle d’Eole venait casser ces fils

Elles couleraient à pic englouties à jamais

 

-         A jamais c’est pas sûr,  répondit la vieille dame

S’il est des continents qu’on a jamais revu

Des îles sont revenues…

Il suffit d’une grosse lame, en route pour l’aventure !

 

Savais-tu en naissant qu’il y avait des îles

Qui n’avaient comme voile qu’un linge sur un fil

Comme mât un grand phare et comme cargaison

N’en déplaise à Panurge, des troupeaux de moutons

La dérive bloquée, ensablées à jamais

 

-         A jamais c’est pas sûr, répondit la vieille dame

Si nous toutes on étend nos robes et nos draps

Il suffit que le vent vienne à claquer des doigts

Il suffit d’une grosse lame, en route pour l’aventure !

 

 

Savais-tu en naissant qu’il y avait des îles

Qui étaient comme autant de bateaux inutiles

Habitées par des femmes toutes habillées de noir

Espérant un retour dans la lumière du phare

Ne sachant naviguer coincées là à jamais

 

-         A jamais c’est pas sûr répondit la vieille dame

Car vouloir naviguer n’est rien qu’un état d’âme

Suffirait d’une grosse lame, en route pour l’aventure

Laisse-moi rêver…

 

Laisse-moi rêver d’une île

Que le monde pour une fois soit

A ma dimension à moi

Que tout ce gigantisme hostile

Disparaisse se fonde se noie

 

Laisse-moi rêver d’une île

Où le vent sculpte les visages

Et grave de profondes rides

Autour des yeux bleu-horizon

Au creux des mains et sur les fronts

 

Laisse-moi rêver d’une île

Aux bateaux comme des flambeaux

Aux oiseaux comme des roseaux

Où le phare solidarité

N’est pas un décor un vain mot

 

Laisse-moi rêver d’une île

Où le vent sème les maisons

Comme il éparpille les graines

Comme il égraine les moutons

Dans les genêts dans les ajoncs

 

Laisse-moi rêver d’une île

Ce n’est pas vraiment difficile

Tu deviens de plus en plus sage

Chaque jour témoin de l’idylle

Entre la mer et le rivage

 

J’ai ce qu’il te faut dit le vent

Au milieu de la mer d’Iroise

Là où de forts courants se croisent

J’ai ce qu’il te faut dit le vent

Les marins l’ont nommée Ouessant