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         Le jardin des défunts

 

                                                                           

Cessez de nettoyer vos tombes

Laissez-les se fondre à la terre

Qu’elles se confondent avec les ombres

Comme un regret sur la paupière

 

Cessez d’épousseter vos tombes

Elles seront toujours le symbole

De la poussière qu’elle surplombe

De toutes vos croyances folles

 

Cessez donc d’astiquer vos tombes

Elles ne reflètent que le soleil

Quand luisant de pluie ses rayons

Renvoient vos regrets éternels

 

Cessez donc de mouiller vos tombes

Des quelques gouttes d’eau salées

Qui de vos paupières ont perlées

Surtout quand il y avait du monde

 

On trouve de l’eau des tas de terre

Dans vos immenses cimetières

Des tas d’endroits pour se cacher

Pour courir de grandes allées

 

Il ne manque enfin presque rien

Des anges aux ailes oscillantes

Des croix aux branches basculantes

Pour faire un chouette jardin d’enfant

 

Et la nuit venue c’est certain

On entendrait quelques défunts

Qui depuis longtemps s’emmerdaient

Taper le ballon oublié

 

  Le jardin de défunts

 

 

 

            Regarde cet homme

 

                                                          

 

Regarde cet homme

C’est un navire perdu qui vient de s’éventrer

Sur les rochers du temps

C’est une ombre inconnue qui vient s’évaporer

Sur les pavés du vent

Un peu comme une fleur qui se serait fanée

D’un coup sec éternel

Un peu comme une fumée qui vient de s’élever

Lentement vers le ciel

 

 

Qu’a-t-il vu qu’a-t-il connu

Qu’a-t-il mangé qu’a-t-il bu

Qui a-t-il aimé qu’a-t-il lu

Qu’a-t-il vu qu’a-t-il connu

 

Regarde cet homme

C’est un navire perdu qui vient de s’éventrer

Sur les rochers du temps

C’est l’épave inconnue qui vient de s’abîmer

Au fond d’un océan

Un peu comme un poème qu’un poète fatigué

N’aurait pu terminer

Un peu comme un soupir trop longtemps retenu

Qui vient de s’échapper

 

Refrain

 

Regarde cet homme

C’est un navire perdu qui vient de s’éventrer

Sur les rochers du temps

Le spasme indélébile qui vient de le secouer

Ressemble à l’ouragan

Et dans son poing serré sur ses doigts refermés

Il n’y a que du temps

Au fond de ses yeux pâles encore ouverts au vent

Le début du néant

 

Refrain

 

  Regarde cet homme