Rencontres
Rencontres Envoyer
Écrit par Pierre Blois   
 

         Animateur

 

 

                                                                 

J’ai fais du macramé

De la peinture aux doigts

De la peinture aux pieds

Et de l’émail à froid

 

De la pyrogravure                    

Et de la poterie

Sur bois de la sculpture

Et de l’imprimerie

 

Car j’étais animateur

De collectivité                    Refrain

Et les enfants à cent à l’heure

S’activaient s’activaient

 

Quel dommage que je n’aie tissé

En rangs serrés en rangs serrés

Tous les rêves qui hantaient ma tête

Ca t’aurait fait une jolie couette

 

J’ai fais de la tournerie

Aussi des jeux de piste

J’ai fais de longues listes

Des pipis au lit

 

Des tas de jeux marrants

Et des veillées tranquilles

Les flammes en sautillant

Luisaient dans les pupilles

 

Refrain

 

Heureusement qu’on a joué

Tous deux serrés tous deux serrés

Cet éternel jeu rigolo

Qui n’se fait pas dos contre dos

 

Je leur ai appris le ski

Sans le connaître c’est sûr

Pour fermer les chaussures

Pas besoin d’un Killy

 

Je leur ai appris le bateau

Sur une caravelle si

Vous tombez tous à l’eau

Pas besoin de Tabarly

 

Refrain

 

Heureusement que sur la plage

Tout en mangeant quelques bouchots

On a imprimé des images

Que l’on oubliera pas de sitôt

 

Et du théâtre d’ombre

On a écrit l’histoire

C’était une histoire sombre

Qui s’est jouée dans le noir

 

Quand l’ampoule a grillé

C’était juste au début

Qu’est-ce qu’on a rigolé

Quand le drap a brûlé

 

Car nous étions animateur

De collectivité

Et les enfants à cent à l’heure

S’activaient s’activaient

 

Et c’est là qu’on s’est connu

Au début tout au début

Les enfants les enfants riaient

Sans connaître cette histoire vraie

 

  Animateur

 

 

 

         La farine

 

                                                                           

 

 

Il faisait chaud on rêvait d’eau potable

Avec une auto un peu décapotable

Nous on roulait sur les routes d’Ardèche

Et faut dire que c’était un peu la dèche

 

On a vu son pouce se lever vers le ciel

Il était là-bas à l’ombre sur un banc

Faut dire qu’il avait l’air d’pas avoir son pareil

Pour pas faire des gestes trop grands

 

Un petit sac de plage tout léger comme bagage

Qui lui servait là à reposer sa tête

Avec un p’tit bob blanc sur le nez c’est pas bête

Avec marqué dessus Ricard anisette

 

Nous nous sommes arrêtés c’était rafraîchissant

Rien qu’à l’voir une envie d’se coucher sur le banc

Rien qu’à l’voir une envie de courir s’étaler

A la terrasse d’un café      

 

Sa ch’mise était couverte de palmiers roses et bleus

Et son pantalon blanc moulait sa taille fine

Son sourire s’élargit il dit ouvrant les yeux

Salut moi mon nom c’est la Farine et toi ?

 

Nous nous sommes regardés un instant interdis

Il n’y avait pas d’raison car c’est lui qui l’a dit

Mais je dois préciser qu’il était noir de peau

Et sa peau il n’avait qu’ça sur les os

 

Il nous a pas fixé dans les yeux pour parler

Car toujours sur ses yeux il portait le bob blanc

Il y avait des frissons dans ses mots envolés

Et dedans son sourire il y avait toutes ses dents

 

J’peux pas vous raconter tout ce qu’il a chanté

Dans mon demi-sommeil y a des mots qui flottaient

Y avait le mot poubelle y avait le mot bordel

Et tout ça s’est enfui je me suis endormi

 

Quand j’me suis réveillé y avait plus ma copine

Y avait plus de voiture y avait plus la Farine

Son bob était resté nonchalant sur le banc

Avec un bout d’papier « Salut dédommagement.. »

 

Alors j’ai mis le bob sur ma tête fatiguée

Me suis dit aujourd’hui que c’était ma tournée

J’ai soulevé mon pouce sur le banc accoudé

« Bien l’bonjour la Farine, j’espère qu’ça va marcher…»

 

« Salut moi mon nom c’est la Farine et toi ?… »   Ad lib.

 

   La Farine

 

 

 

        L’inconnue au manteau brun

 

 

La femme au manteau brun

Portait peau de chagrin

Sur le dos

Et mes pas dans les siens

Coulaient comme des grains

De pavot

 

Elle roula soudain

Son foulard sur sa main

Sur sa peau

Et figea son regard

Sur un horaire de car

C’est idiot

 

    Oh ! Oh ! Mon inconnue vient

    Tu n’as pas vu

    Mais je t’ai tendu la main…

 

Car ce regard hagard

S’égara bien trop loin

Dans le noir

Il passa sans me voir

J’étais venu trop tard

Ou trop tôt

 

La pub de l’abribus

Aurait été en russe

En latin

Pour elle ce n’était rien

Elle n’aurait vu plus

Ou moins bien

 

Refrain

 

Ses yeux paraissaient gris

Ses rendez-vous soumis

Aux lapins

Et son dos avachi

Avait bien trop pétri

De gros pains

 

 

Peut-être des enfants

Un homme indifférent

L’attendaient

Peut-être seul le temps

L’allongeait en amant

Sur son plaid

 

Refrain

 

Son sac à main serré

Une petite bouée

Sur son sein

Et des cheveux noués

En un chignon roulé

De rotin

 

J’aurais voulu lui dire

Quelque chose de bien

De moins pire

Voir venir un sourire

Des mots pour faire plaisir

Mais plus rien

 

Refrain

 

Car le car apparu

Est venu en intrus

Mine de rien

Et l’a mangé tout cru

Il n’est rien resté du

Manteau brun ( bis )

 

Refrain

 

   L'inconnue au manteau brun

 

 

 

       Marguerite, l’amour à l’huile

 

J’étais en train d’errer

Dans des terres sans mystère

Dans des villes sans chaleur

Sans pouvoir me poser

Je ne savais que faire

Pour abriter mes heures

 

Au coin d’une ruelle

J’ai tourné dans le noir

Pour reposer mes yeux

Au milieu des poubelles

Des regrets des déboires

Et des papiers crasseux

 

J’enjambais un ou deux

Corps inertes ronfleurs

Cachés sous des cartons

Donnait des coups rageurs

Dans un petit bidon

Dont le son donnait creux

 

Les ventilateurs chauds

Extracteurs des restos

Me lançaient leurs odeurs

Et j’entendais les rots

Et les pets des cuistots

Qui cuisinaient leur sueur

 

Au bout de la ruelle

Rectangle de lumière

Porte ouverte d’un four

Comme le bout d’un tunnel

Une canette de bière

Craqua sous mon cœur lourd

 

Tandis que les pieds freinent

La tête dit Taïaut

Et le ventre se noue

Une fête foraine

Allumait ses projos

Et ses Chamallows mous

 

Le doute m’assaillit

Mon iris rétréci

Me tromperait ainsi

Elle était là déesse

Une reine surgie

Des embruns de tristesse

 

Je tendis mes deux sous

Pensant à ses dessous

Anticipant vraiment

Et sans dessus-dessous

Je me retrouvais sans

Un seul son cohérent

 

Car c’est ainsi que je

Rencontrais Marguerite

Et sa baraque à frites

C’est dans l’amour à l’huile

Que j’ai trouvé mon île

Où je vis tout graisseux

 

Je la sens si sensuelle

Quand je glisse sur elle

Mes doux yeux de merlan

Notre plaisir s’épure

Tout aussi grésillant

Que friture d’éperlans

   Marguerite ou l'amour à l'huile